LA VIE DE L'ASSOCIATION

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Les manifestations d’Alsace-Crète à venir (janvier-mars 2015)

"Un an après, la 2e étape du jumelage entre le musée Kazantzakis et la maison Schweitzer "

Deux géants liés à jamais

Quand deux géants de l’humanisme se rencontrent pour l’éternité, où l’histoire vraie d’un jumelage aussi improbable qu’inédit et spectaculaire. La volonté inébranlable d’avancer des hommes, permet de renverser bien des obstacles. Retour sur un voyage initiatique entre la verte espérance de Gunsbach et le bleu royal d’Héraklion.

Ils étaient nés pour se retrouver quelque part au sommet de la montagne qu’ils n’ont cessé d’escalader. Deux frères destinés à fusionner, à servir de détonateur, de rampe de lancement, d’exemple et de référence morale à toutes celles et à tous ceux à travers le monde qui tentent de s’inspirer de leur modèle. Un demi-siècle après, les voilà réunis au panthéon d’une humanité qui ne cesse de se chercher sans jamais se trouver. Grâce à la ténacité de disciples sans autre prétention que celle de servir de relais, de témoin.

Jean-Claude Schwendemann, le président-fondateur de l’association Alsace-Crête a de la suite dans les idées. Surtout lorsqu’une lumière intérieure lui commande de ne pas lâcher prise. «J’avais envie de réunir Albert Schweitzer et Nikos Kazantzaki, de faire connaitre au monde les liens si profonds, si naturels, si évidents, qui unissent les deux personnages.» Deux Hommes entrés dans l’Histoire.

L’Alsace et la Crète, la France et la Grèce, Gunsbach et Héraklion. Les femmes et les hommes du Nord et du sud de l’Europe. Des humains qui s’investissent pour que la mémoire dure, pour que le souvenir demeure, pour que demain se révèle plus riche encore qu’aujourd’hui, aussi fort qu’hier. Lorsque Albert et Nikos, enfin, eurent le privilège de partager.

«Je ne savais pas que le saint François d’Assise actuel, celui du XXe siècle, existait encore et qu’il vivait dans le petit village alsacien de Gunsbach, qu’il prêchait la bonne parole en Afrique, du côté de Lambaréné. Je regrette de ne pas avoir connu Albert Schweitzer plus tôt.»

Hommage sincère et émouvant de Nikos Kazantzaki, le célèbre écrivain crétois, le poète aux multiples facettes, véritable mythe dans son ile (qui a donné son nom à l’aéroport accueillant les millions de visiteurs), au prix Nobel de la Paix. « Pax et Bonum (mon Saint françois) dédié au saint de notre temps», écrivait-il à son ami.

Les deux personnages charismatiques, les deux énormes humanistes au parcours aussi riche, aussi dense, aussi visionnaire que varié, ont connu le bonheur de se voir enfin le 11 aout 1955 dans la vallée de Munster et l’auteur de Zorba le grec, de la dernière tentation du Christ, de celui qui doit mourir (le Christ re-crucifié) n’a jamais oublié «ces moments de partage qui resteront parmi les plus beaux de ma vie.»

Grace à la persévérance de «Schwendi», le professeur de grec épris depuis près d’un demi-siècle de cette Crète qu’il connait par cœur et où il vit une bonne partie de l'année, le jumelage a vu le jour fin septembre dernier à Gunsbach, dans le cadre du centenaire du départ du «grand docteur blanc» pour le Congo français. Il s’est poursuivi mi-octobre sur les terres de Kazantzaki, offrant une semaine de bonheur pur, de riches découvertes, d’émotions partagées, d’amitié, de retours en arrière qui vous coupent le souffle autant que de perspectives d’avenir, à la délégation française désireuse de marcher dans les traces, sur les pas, dans l’esprit de Kazantzaki, au cœur de cette terre hellénique berceau de notre civilisation.

"JE NE CRAINS RIEN, JE N’ESPERE RIEN, JE SUIS LIBRE"

Un voyage initiatique pour la bonne quinzaine de membres issus à la fois de la section française des amis de Kazantzaki, emmenée par la présidente d’honneur, Madame Yvette Renoux-Herbert, qui fut la collaboratrice et la confidente de Nikos à l’Unesco en 1947 puis à Antibes, jusqu’à sa mort en 57 à Freiburg in Breisgau, aux portes de l’Alsace, qui demeura l’amie de Eleni, son épouse ; de l’association internationale Schweitzer aussi, animée par le rédacteur en chef des Cahiers, le si compétent prof de philo, M. Jean-Paul Sorg, ou encore de la maison Schweitzer, représentée par son archiviste Romain Collot, et d’Alsace-Crête.

Un pèlerinage, un retour aux sources en forme de succession de temps forts, agrémentés par le sens inné de l’hospitalité des insulaires pas encore pervertis par les méfaits du tourisme de masse, par la beauté immuable des paysages sous le soleil.

En tête, le partage concrétisé à Myrtia, admirable village perché, épargné par l’usure du temps, berceau de la famille du poète en liberté, du philosophe, penseur, journaliste, écrivain, traducteur, homme politique, grand voyageur, sans cesse à la recherche de son identité. Le nouveau musée à son nom, tout en espace, en couleurs, en liberté, dans l’esprit de celui qui martelait à la face de ses (nombreux et cruels) opposants : «Je ne crains rien, je n’espère rien, je suis libre.»

Un concert inoubliable des chœurs byzantins à l’église orthodoxe. Puis l’heure des hommages, celui des discours, tout en retenue, en indulgence à l’image du si affable président Stelios Matzapekatis, qui parlait d’amour et d’amitié, de paix et de bien. On s’entretenait de magie divine, de générosité, de cette quête de la justice animant Nikos et Alberto, qui avouait »regretter de ne pas avoir été en Grèce, le pays des penseurs qui ont créé la vraie civilisation.»

On rappelait que «Nikos avait voulu s’élever vers la sainteté, qu’Albert avait exercé une influence considérable sur son ami, qu’il lui a rendu confiance en l’homme.» JP Sorg insistait «la grande exigence de vérité et de liberté d’un Kazantzaki découvrant un Schweitzer hérétique, radical, audacieux», faisant partie de la même famille spirituelle, tendant vers un même idéal.

La présence des élus les plus représentatifs, avec le président de région Stavros Arnaoutakis, les maires, adjoints) à la culture, témoignait de l’importance de la rencontre pour nos hôtes. La remise de cadeaux exemplaires telles ces sculptures spécialement créées par Jenny Goethals, une amie éternelle des hommes, du monde, de la vie qu’elle qu’elle soit ajoutait une touche supplémentaire d’amitié. Le marbre retravaillé par Christos Santamouris, lequel avait fui le régime de colonels pour épanouir son art à Montmartre, la peinture sur un page en raphia, trait d’union entre Gunsbach et le Gabon, œuvre unique de Yvonne Hunsinger, artiste de la vallée de Munster élargissait l’anneau émotionnel.

Chants, danses, mise à l’honneur de jeunes artistes du cru, dégustation de produits locaux bio. Règne partagé de la révolution des idées prônées par Nikos «avec des armes nommées plume et encrier», humanisme vécu au quotidien pour mieux résister à ces temps de folie inhumaine.

Etapes successives ensuite sur les sites ayant jalonné la vie et le parcours de Kazantzaki et de ses proches, celle du Gréco aussi, autre fils de Crète que l’écrivain vénérait. Le village de Krassi, ses platanes centenaires, où Kazantzaki aimait retrouver ses amis. Kritsa, qui servit de décor au film «Celui qui doit mourir», Fodélé, village natal du Gréco, Krioneri, où est né sa mère, Lendas, pas loin de la mer, où Nikos s’était retiré en 1924 pour y écrire son Zorba. Visite d’églises, dont celle contenant en relique le crâne de l’apôtre Tite, de chapelles, de villes et de ports, de plateaux désertiques, de musées historiques, de sites archéologiques.

Lectures, films tirés des œuvres de l’écrivain, et, dans la foulée de la maison natale, final incontournable sur les remparts médiévaux de la capitale, face aux tombes de l’écrivain et de Eleni, sa 2e épouse.

Simplicité absolue. Celle qui n’a – comme un symbole - cessé d’habiter les deux «jumeaux» devant Dieu et les Hommes.

Jean-Pierre Meyer